La transparence et la durabilité sont désormais les clés d’accès aux marchés et aux financements. La Côte d’Ivoire dispose d’un atout stratégique : la Note 35 du SYSCOHADA.
Sous l’impulsion du ministre de l’Environnement et de la Transition énergétique, M. Abou Bamba, cette disposition pourrait être transformée en véritable outil national de reporting extra-financier, au service de la crédibilité du pays et de la confiance des investisseurs.
Une norme africaine au service de la Côte d’IvoireLa Note 35 de l’Acte uniforme de l’OHADA portant sur le reporting comptable et financier ouvre la voie à un reporting extra-financier africain centré sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Encore discrète, elle est pourtant unique en son genre : elle permet aux entreprises de rendre compte, de manière structurée, de leurs impacts réels sur l’environnement, les communautés locales et la gouvernance interne.En Côte d’Ivoire, déjà reconnue pour la solidité de son cadre réglementaire, cette norme pourrait devenir un levier de différenciation. En la rendant obligatoire dans le cadre d’une politique publique environnementale, le pays disposerait d’un outil propre pour mesurer et valoriser les entreprises réellement engagées dans la durabilité, et non celles qui se contentent de communiquer sans preuve.
Combler le déficit de confianceL’un des principaux freins à l’investissement durable en Côte d’Ivoire et en Afrique reste l’asymétrie d’information : les données fiables sur l’impact des activités économiques sont souvent absentes ou fragmentées. Les investisseurs parlent de « risque Afrique », moins en raison de la réalité du terrain que par manque de visibilité.En imposant un reporting ESG standardisé via la Note 35, la Côte d’Ivoire réduirait ce déficit.
Les entreprises pourraient montrer, chiffres à l’appui, leurs contributions à l’emploi local, à la préservation des ressources naturelles, à la lutte contre le changement climatique ou encore à la lutte contre la corruption. Ce type d’information constitue un socle de confiance pour les partenaires économiques, les bailleurs de fonds et les institutions financières. Ainsi, nous aurons un outil pour mesurer notre trajectoire de décarbonation tout en créant et soutenant des nouveaux modèles d’affaires dans l’accompagnement des PME de nos territoires.
Ce cadre profiterait aussi aux jeunes agences de notation extra-financière ivoiriennes et africaines de contribuer à la création d’emploi et de services de qualités. Grâce à des données homogènes et comparables, elles pourraient produire des analyses plus robustes, exploitées par l’intelligence artificielle pour suivre les performances des entreprises et distinguer clairement celles qui « annoncent » de celles qui « agissent ».Alignement stratégique avec l’Europe et le mondeParallèlement, l’Union européenne impose aux grandes entreprises un reporting rigoureux sur leurs impacts sociaux et environnementaux, y compris dans leurs filiales et chaînes de valeur (CSRD, CS3D, VSME, Omnibus…). Pour les entreprises ivoiriennes, s’aligner sur ces exigences via la Note 35 constituerait un avantage compétitif immédiat.
Un cadre normatif local qui peut être transposé dans les autres Framework internationaux (GRI, PRI, etc.)La Côte d’Ivoire n’a pas à se limiter au marché européen, mais elle peut choisir de s’aligner intelligemment sur les standards internationaux tout en affirmant son autonomie normative. En faisant du SYSCOHADA un instrument national, le Ministre enverrait un message clair : il n’est pas seulement récepteur de règles venues d’ailleurs, mais bien créateur de standards ivoiriens et africains adaptés à ses réalités.
Une politique publique décisiveLa nomination de M. Abou Bamba au ministère de l’Environnement et de la Transition énergétique offre une opportunité politique unique.
Le Ministre Abou Bamba est un expert des questions de l’environnement et durabilité, il comprend les enjeux de transition juste de marché carbone et de justice climatique. Ainsi, Il pourrait faire de la Note 35 un pilier de la politique publique de durabilité en Côte d’Ivoire, en la transformant en obligation de reporting extra-financier pour les entreprises concernées.Cette démarche ne serait pas seulement technique : elle serait un acte de confiance. En publiant spontanément leurs performances ESG, les entreprises montreraient leur engagement réel, au-delà des discours. Cela conforterait la position de la Côte d’Ivoire comme leader régional en matière de cadre réglementaire, tout en stimulant un écosystème financier plus responsable et plus attractif.L’heure de transformer le potentiel en réalitéLa Note 35 ne vaut que si elle sort des tiroirs.
Une norme qui reste lettre morte ne sert à rien. La Côte d’Ivoire dispose aujourd’hui d’un outil africain de premier plan pour bâtir un système de transparence durable. Il lui appartient désormais de le rendre effectif, de le rendre visible, de le rendre incontournable.En faisant de la transparence un levier de compétitivité, la Côte d’Ivoire pourrait positionner la Note 35 comme une référence africaine, au service d’une économie plus inclusive, plus durable et plus confiante.
Un signal fort pour un continent qui commence à écrire ses propres règles de la durabilité. Nos regards sont tournés vers le Ministre de l’Environnement et de la Transition Écologique pour relancer la dynamique de la durabilité.
Karamoko DIABYAnalyste ESG/RSE Expert en Stratégie et Finance verte Analyste de discours & Linguiste numériqueApprenti observateur
