
A l’occasion de la 26ᵉ édition de la Journée ̈Internationale de la Langue Maternelle célébrée à l’initiative de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sous le thème générique : »Les voix de la jeunesse sur l’éducation multilingue », l’Académie Ivoirienne des Langues Maternelles (AILM) adresse une déclaration aux décideurs politiques et à l’ensemble des composantes de la société ivoirienne.
Sous l’égide de l’ONU, le monde entier célèbre cette journée qui met en lumière le rôle crucial des langues maternelles dans l’affirmation de l’identité, le développement scolaire et intellectuel des jeunes, ainsi que dans la préservation et la valorisation des cultures locales.
Selon le Président de l’Académie M. ADOUA Kouassi, les langues maternelles constituent le socle de tout système éducatif performant et le moteur du développement durable comme l’atteste l’UNESCO.
À cet effet, l’Académie salue les initiatives prises par le Gouvernement, notamment la mise en place du Projet École Intégrée (PEI) quoique en souffrance, l’adhésion à l’initiative Ecole et Langues Nationales (ELAN) de la Francophonie ainsi que l’élaboration d’un arrêté interministériel portant réflexion sur la pratique des langues nationales, même si cet arrêté n’a jamais eu un début de fonctionnement, sans oublier la tenue du Symposium sur les langues maternelles organisé en 2022, dont les conclusions demeurent à ce jour en attente de publication.
Malgré ces actions, l’Académie Ivoirienne des Langues Maternelles tire la sonnette d’alarme et appelle l’attention des hautes autorités, sur les dangers liés à l’absence d’une véritable politique linguistique éducative en Côte d’Ivoire. Ces dangers sont la faiblesse du système éducatif marquée par l’échec scolaire, le décrochage, l’analphabétisme (60% de femmes en CI) et la ruée des élèves vers les langues européennes et asiatiques jugées plus valorisantes, tandis que celles qui les a vus naître s’éteignent lentement.
Au plan socio-culturel, il y a la perte progressive de l’identité culturelle, avec son corolaire de consommation honteuse et sans filtre de la mode étrangère par la jeunesse, la dépravation des mœurs et la déchéance morale.
Au niveau socio-économique, l’Académie observe le manque de créativité des jeunes, le chômage, la pauvreté et la dislocation des familles nucléaires, car étant privées de repères culturels véritables pouvant leur servir de socle.
Concernant le volet politique, l’Académie constate l’hégémonie de la langue officielle lors des campagnes électorales et la mise à mal des efforts de cohésion sociale des gouvernants, du fait de l’absence d’une langue nationale commune, qui puisse refléter les réalités culturelles et ivoiriennes propres.
Au regard de ce qui précède et tout en remerciant le Gouvernement pour les efforts déjà consentis, l’Académie suggère l’interpellation ferme des Institutions et des Ministères, de la Société Civile et des acteurs ayant pour missions, le développement et la valorisation des langues et cultures ivoiriennes.
En attendant, le Président de l’Académie Ivoirienne des Langues Maternelles M ADOUA Kouassi, lance un appel solennel au Gouvernement et à toutes les Institutions de la République (Assemblée Nationale, SENAT, CESEC, Chambre des Rois, l’ASCAD) et aux Ministères Techniques (Culture et Francophonie, Education Nationale, Enseignement Supérieur et Recherche scientifique, Femme, Famille et Enfant ) aux Collectivités locales (Conseils Régionaux et les Mairies), les Leaders d’opinion, ainsi que les ONG et les acteurs de la société civile, afin que leur intérêt pour les langues maternelles, l’âme de tout peuple selon le Philosophe Goeth, ne soit pas de simples slogans.
Selon M. ADOUA Kouassi, Président de cette Académie, l’intégration effective des langues maternelles dans le système éducatif, contribuera à n’en point douter, à l’enracinement de la jeunesse et à l’amélioration indéniable du niveau scolaire des élèves, tout en renforçant leur esprit de créativité et d’innovation, car comme le soulignait Mme Irika Bokova, ancienne Directrice Générale de l’UNESCO, » Aucune éducation performante ne peut se réaliser en dehors de la langue locale des apprenants ».
Terminant ses propos et pour une meilleure promotion de nos langues, le Pdt de l’AILM a annoncé la tenue en Mai prochain par sa structure, du Festival des Langues Maternelles et Proverbes (FESTILAMP).* Pour la bonne marche de ses activités, il a vivement souhaité que le Ministère de la Culture et de la Francophonie, les Institutions et Ministères Techniques ainsi que les Entreprises Privées et toutes les bonnes volontés, lui ouvrent leurs portes et soutiennent l’Académie. En effet, les actions de celle-ci selon lui, sont d’intérêt national et concourent à la promotion de l’âme culturelle des peuples de notre pays, donc au développement de la Côte d’Ivoire, car comme le dit un Proverbe Malinké : » *avant de s’envoler, l’oiseau s’appuie sur sa branche ».
Fait à Abidjan, le 21 février 2026
ADOUA Kouassi
Président de l’Académie Ivoirienne des Langues Maternelles (AILM)
(Officier de l’Ordre du Mérite Ivoirien)
Correspondance particulière Ange DJENI