
Au lendemain des indépendances, plusieurs pays africains étaient considérés comme instable en raison des nombreux coups de force qui secouaient le continent.
De nombreux États, notamment francophones et anglophones, étaient régulièrement confrontés à des coups d’État militaires.
Cette situation a longtemps créé, au sein de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), un sentiment d’impuissance face à la multiplication des renversements de régimes civils, souvent violents, avec parfois la mort de chefs d’État déchus.
Après la Conférence de La Baule en 1990, une nouvelle dynamique politique s’est enclenchée sur le continent. Plusieurs réformes ont été engagées pour renforcer la démocratie, notamment à travers l’organisation d’élections pluralistes et transparentes. L’objectif était de consolider la participation citoyenne dans le choix des dirigeants et de réduire l’instabilité politique chronique observée dans certains pays.
C’est dans ce contexte que furent créées, dans de nombreux États africains, des Commissions électorales nationales indépendantes, dont la Commission Électorale Indépendante (CEI) en Côte d’Ivoire.
Ces organes avaient pour mission de crédibiliser le processus électoral, de rassurer les populations et de garantir la confiance des partenaires techniques et financiers internationaux.
Toutefois, certains pays africains, à l’image du Sénégal, n’ont pas adopté ce modèle.
Au Sénégal, l’organisation des élections relèvent du ministère de l’Intérieur, à travers la Direction Générale des élections. Depuis l’indépendance, les différents scrutins organisés sous plusieurs régimes politiques n’ont pas donné lieu à des crises majeures remettant en cause les résultats électoraux.
Dans plusieurs pays anglophones comme le Ghana, le Nigeria, le Kenya ou encore l’Afrique du Sud, les résultats des élections sont globalement acceptés par les acteurs politiques, même si des recours légaux existent pour contester les résultats dans le cadre prévu par la loi.
Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire se trouve à la croisée des chemins. Malgré les différentes réformes entreprises depuis la création de la CEI, chaque cycle électoral s’accompagne de contestations. La classe politique et une partie de la société civile remettent régulièrement en cause la crédibilité et l’impartialité de l’Institution et des résultats proclamés.
La crise postélectorale de 2010, consécutive à l’élection présidentielle d’octobre 2010, est tristement restée dans toutes les mémoires. Malgré un taux de participation élevé, jamais enregistré auparavant lors d’une présidentielle, le conflit sur les résultats,a plongé le pays dans une grave crise politique, avec de lourdes conséquences humaines et matérielles.
Face à ce constat, une question s’impose, faut-il repenser en profondeur la composition et le fonctionnement de la CEI ? Faut-il exclure les représentants des partis politiques pour confier l’organisation des élections à des personnalités issues de la société civile ou à d’autres corps constitués, afin de garantir une plus grande neutralité ?
L’enjeu est de taille.
À chaque échéance électorale, les tensions fragilisent la stabilité politique, perturbent la quiétude des populations, freinent le développement économique et affectent la confiance des partenaires internationaux.
Il devient donc urgent d’organiser une concertation nationale inclusive réunissant les acteurs politiques, la société civile et les Institutions concernées afin d’adopter le schéma le plus consensuel possible.
Les élections ne doivent pas être une source d’angoisse pour les citoyens. Tous les cinq ans, les Ivoiriens ne devraient pas vivre dans la peur d’une nouvelle crise, ce que d’aucuns ont qualifié, non sans une ironie de très mauvais goût, de… » saison des tueries »…
Si la Côte d’Ivoire parvient à bâtir un consensus solide autour de son organe électoral, elle franchirait un pas décisif vers la consolidation de sa démocratie.
Les résultats seront acceptés, les vainqueurs félicités, les vaincus reconnus avec dignité, et la vie politique poursuivrait son cours normal.
Dans une grande démocratie, les alternances se font de manière pacifique.
Les débats d’idées se tiennent à l’Assemblée Nationale et le Senat , dans les médias et au sein de l’espace public, sans violences ni destructions. C’est ainsi que se renforce la vitalité démocratique et que s’épanouissent les libertés d’expression et d’opinion.